Dramenker - Entrevue Dramenker vs Magali 
Dramenker
« L'univers parfait existe, c'est celui qui nous convient. »

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Entrevue

Entrevue Dramenker vs Magali

Magali a accordé cette entrevue à St-Hippolyte, en novembre 2007.

Dramenker
Bonjour Magali.

Magali
Ferebeër usîs. (Paroles, en draimien, de salutation avec une connotation de respect)

Dramenker
Je suis surpris que vous ayez accepté cette entrevue.

Magali
Ha ?

Dramenker
Oui.

Magali
Je trouvais l'exercice amusant. Voilà la première entrevue que j'accorde, en lien avec la sortie de mon roman... et c'est à vous que je me confie.

Dramenker
Vous n'avez aucune appréhension ?

Magali
Du genre ?

Dramenker
Mon choix de question pourrait être trop personnel

Magali
Je n'ai aucun secret pour vous

Dramenker
Ni pour vos lecteurs donc...

Magali
(hésitations) C'est cela...

Dramenker
Que pensez-vous, alors, de la mort ?

Magali
(Elle sourit) J'ai déjà entendu cette question quelque part moi ! (Réflexion) Je n'aime pas le concept. J'en ai très peur, en vérité. Lorsque je m'attarde à y penser, à concevoir l'idée que je disparaitrai sans possibilité de retour... je déprime. Carrément.

Dramenker
N'êtes-vous pas croyante ?

Magali
Oui. Mais ce que la religion catholique m'apporte, c'est davantage une ligne de conduit ici-bas. Sa vision du Paradis et de l'Enfer... je ne sais pas...

Dramenker
Est-ce par peur de la mort que vous avez écrit ce roman ?

Magali
La mort n'est pas le sujet de l'histoire !

Dramenker
Allons, allons... vous m'avez obligé à me nourrir de la mort des femmes que j'aime... vous avez créé un autre univers pour vivre au-delà de la mort...

Magali
Certes. Vu de cette façon, Teir est sans doute une réponse à mon angoisse face au trépas.

Dramenker
Une dérision du Paradis.

Magali
Vous trouvez ? Peut-être...

Dramenker
Il ne faut pas avoir connu la mort très souvent pour réagir comme vous le faites...

Magali
Vous me jugez ?

Dramenker
Oui.

Magali
Hé bien non, c'est exact. Très peu de gens qui m'étaient chers sont décédés. Deux grands-mamans... mes grands-pères, je ne les ai jamais connus.

Dramenker
Mais selon votre religion, vous retrouverez votre Dieu, ainsi que tous ceux que vous avez aimés, à la fin des temps...

Magali
"L'après" est très obscur dans mon esprit. Parfois, je voudrais avoir la sérénité de ces gens qui, après avoir souffert d'une maladie, attendent et acceptent la mort. Ce doit être un tel état de paix ! Pour le moment, je suis trop angoissée pour connaître cette paix-là...

Dramenker
Je comprends. Mais revenons au roman. Pour vous, suis-je bon ou méchant ?

Magali
Ni l'un ni l'autre, vous vous nourrissez des sentiments des autres. La bonté et la méchanceté d'autrui vous servent. Mais vous... je crois que je n'ai pas encore déterminé si je vous aimais ou vous détestais.

Dramenker
Et vous vouliez entretenir cette ambiguïté pour vos lecteurs ?

Magali
Bien sûr. Car pour certains vous serez un magnanime, un puissant bienfaiteur. Pour d'autres, vous serez un monstre. (Réflexion) Est-ce ainsi que vous vous percevez vous-même ?

Dramenker
Je dirais que je suis les deux à la fois. Mais nous parlions de vous. La plupart des histoires qui sont traduites en pièce de théâtre, en film ou en livre, tournent autour de l'idéologie du Bien et du Mal. Ne pensez-vous pas que votre roman n'apporte rien de nouveau ? On pourrait vous reprocher votre manque d'originalité...

Magali
Mon roman n'est pas un plaidoyer en faveur du Bien ou du Mal. Si vous y regardez de plus près, ça n'est pas cela, la morale de l'histoire. Il s'agit de la capacité qu'a chacun d'être heureux. De forger son propre bonheur avec ce qu'il a. Il s'agit de se rendre compte de la préciosité de la Vie, sous toutes ses formes. L'Impératrice a le plus beau des royaumes, dans un univers somptueux. Elle est éternelle, connait l'amour et le désir, est adulée de tous. Pourtant, elle trouve le moyen d'être insatisfaite. Si l'on regarde la psychologie de chacun des personnages principaux, tous sont insatisfaits de ce qu'ils ont. Ils cherchent à être heureux. Ils rêvent, ils espèrent toujours plus. Pendant que le bonheur qui est à leur portée se défile juste devant leurs yeux.

Dramenker
Vous dénoncez l'ambition et le rêve donc...

Magali
Bien sûr que non. Le rêve et l'ambition sont importants, mais il faut savoir trouver la satisfaction là où elle se trouve. Je plains les éternels insatisfaits.

Dramenker
N'en êtes-vous pas une, justement ?

Magali
Si. Et je sais que cela me rend malheureuse. Parfois, j'agis en enfant gâtée. Jusqu'à ce que je me rende compte de la chance que j'ai. J'ai tout de même un bon équilibre dans ma vie personnelle pour m'éviter de déprimer.

Dramenker
Vous tenez beaucoup à votre famille.

Magali
Ma famille m'est très précieuse. Mes parents nous ont élevés, mon frère et moi, dans un grand amour, un grand respect. Ce sont des travailleurs qui ont toujours fait passer le bonheur de leurs enfants avant tout. Grâce à eux, je suis épanouie et aujourd'hui, lorsque je regarde derrière, je reconnais leurs sacrifices, les compromis qu'ils ont dû faire pour que notre famille reste unie.

Dramenker
Si je vous séduisais, que pensez-vous qu'ils en penseraient ?

Magali
Mon mari, en premier, serait déchiré, je crois. Mais je ne sais pas comment il le prendrait. Il ne croirait pas que je sois sur Teir. Il faudrait le lui prouver hors de tout doute. (Réflexion). Mon frère, Pascal, chercherait peut-être à comprendre... Mes parents, eux... je ne sais pas... si je me suicide, ils auront le réflexe de croire que j'étais malheureuse et que la vie m'était devenue insupportable. Je crois d'ailleurs que c'est ce qui pousse au suicide, en général. Mes parents m'en voudraient peut-être de ne pas m'être confiée à eux et de ne pas avoir demandé de l'aide. Cependant, le sentiment de tous tiendrait plus de l'incompréhension que de la colère.

Je crois... que Jacques, mon père, serait particulièrement triste. Il y a quelque chose de très fort, un amour paternel sincère qui nous unis et... vous porteriez atteinte à cet amour. Mon père est un homme formidable qui a toujours voulu nous préserver du malheur, mon frère et moi. Je ne pense pas que l'on réussirait à lui faire avaler que mon suicide aurait quelque chose de fantastique et de positif... pourtant, il est très ouvert au fantastique. C'est un artiste, un créateur. Mais la raison d'un père meurtri prendrait sans doute le dessus, s'il venait à perdre l'un de ses enfants.

Dramenker
Mais s'ils savaient que vous êtes avec l'homme de votre vie dans un monde parfait ? Ils seraient heureux pour vous, ne croyez-vous pas ?

Magali
Je suis déjà avec l'homme de ma vie et le monde dans lequel je suis est, pour moi, parfait. Je vis au Québec, et non dans un pays en guerre. Je gagne bien ma vie, je ne suis pas dans la misère. Toute ma famille est près de moi. Je n'ai aucun traumatisme : je n'ai jamais été abusée, battue, etc. J'ai de très bons amis. Je réalise mes rêves, un à un. Eric m'aime, m'est fidèle et me respecte. Mon univers à moi est parfait. Vous ne pourriez m'apporter davantage.

Dramenker
L'immortalité.

Magali
Sans Eric ? Jamais.

Dramenker
Vous me dites que vous renonceriez à Teir, tel que vous l'avez conçu, avec sa magie et son immortalité, pour rester avec votre mari sur Terre ?

Magali
Ne soyez pas condescendant. La valeur de mon amour pour mon mari se mesure très bien aux sentiments que vous éprouvez pour vos femmes.

Dramenker
Mais il ne peut vous rendre immortelle.

Magali
Pourquoi revenez-vous toujours avec l'immortalité ?

Dramenker
Parce que vous semblez n'avoir qu'une seule crainte, en ce moment, et c'est celle de mourir.

Magali
Je vois. Oubliez ça, je ne suis pas pour vous.

Dramenker
(Il sourit) Je n'ai pas l'intention de vous apporter le malheur. Je posais une simple question, pour voir votre réaction. (Moment de silence) Comment aimeriez-vous que vos lecteurs accueillent votre livre ?

Magali
Je ne suis pas certaine de comprendre la question...

Dramenker
Voudriez-vous qu'ils s'indignent, qu'ils s'amusent, qu'ils s'émerveillent ? Quel est le but recherché à votre écriture ?

Magali
Le but premier, c'est de divertir. Ce que, à mon avis, une bonne histoire doit faire. J'ai du mal à définir mon style. Je crois que je ne l'ai pas encore tout à fait trouvé. Mais il est certain que je souhaite apporter de bons moments de divertissement avant tout. Lire mon livre ne doit pas être ennuyeux ! Puis, je veux provoquer une réflexion.

Dramenker
À quel propos ?

Magali
À propos du mal, avec un petit « m ». Pas le Mal symbolique, à caractère religieux et associé aux démons. Mais le petit mal que l'Homme et la Femme s'infligent, souvent sans en être conscient. Les personnages émettent leurs opinions à propos de la guerre, de la justice, de la violence. Par la fiction, je traite de thèmes très contemporains : les enfants-soldats, les systèmes carcéraux, le racisme et l'intolérance, l'indépendance d'un peuple, la bureaucratie législative trop lourde, l'empressement militaire trop souvent injustifié, la peine de mort...

Dramenker
La dictature aussi...

Magali
Vous parlez de la vôtre ? Je ne vous décris pas comme un dictateur.

Dramenker
Ce n'est pas ainsi que je me vois, en effet. Ainsi donc, l'écriture vous servirait à tenter de comprendre le monde réel ?

Magali
Tout à fait.

Dramenker
Quel personnage vous rejoint le plus, en ce qui concerne ses opinions ?

Magali
(Réflexion) Je partage les questionnements de Martin Galia... mais je crois que je tiens du tempérament protecteur et tolérant de Lino.

Dramenker
Ce livre est le premier tome.

Magali
Exact.

Dramenker
Il y aura combien de volets à l'histoire ?

Magali
Cinq, celui-ci inclus.

Dramenker
Est-il prévu de développer davantage les personnages de Lino et de Juliette prochainement ?

Magali
Vous aimeriez tant les connaître ?

Dramenker
Bien évidemment.

Magali
Dans ce premier tome, nous suivons davantage Mademoiselle, Maximilien et Martin. Par votre faute, si je puis m'exprimer ainsi, nous apprendrons à connaître Juliette dans le deuxième volet. Pour ce qui est de Lino, il sera beaucoup plus présent dans le troisième.

Dramenker
Êtes-vous une grande lectrice de romans, tout genre confondu ?

Magali
Non. Je dois avouer que je lis très peu. Et c'est dommage, car je lis vite et facilement. Beaucoup de gens disent ne pas aimer lire, car en réalité ils souffrent de dyslexie ou lisent trop lentement, ce qui les décourage. Je ne lis jamais de romans d'amour ou de biographie. J'aime les enquêtes. Je dois être plongée dans une intrigue policière.

Dramenker
Beaucoup n'expliqueront pas le fait que vous puissiez écrire, alors que vous ne lisez pratiquement pas...

Magali
Je ne suis pas la seule écrivaine dans cette situation, croyez-moi. Et cela me donne une certaine satisfaction : mon imagination m'est propre, elle m'appartient. Je suis une créatrice et je ne voudrais pas que l'on m'accuse de plagiat, ou de vol d'idées...L'histoire que j'ai inventée a été puisée à même mes tripes et je m'en félicite. J'ai eu beaucoup de plaisir, j'en ai encore !, à l'écrire.

Dramenker
Redoutez-vous la critique ?

Magali
Bien sûr. Le contraire serait anormal. Bien que j'écrive pour le plaisir de partager une histoire avec les gens, et non pour plaire à une élite, si cette élite émet de bons commentaires, j'en serai honorée. Je serais hypocrite de prétendre que leurs encouragements m'indiffèrent. Tout comme leurs mauvaises opinions vont me faire très mal. Sans doute apprendrai-je à faire la part des choses au gré de mes sorties de livre. Mais... je souhaite que beaucoup de gens embarquent dans l'histoire, se laissent transporter jusqu'à Teir.

Dramenker
Y aurait-il une mauvaise critique qui vous peinerait particulièrement ?

Magali
(Hésitation) Je ne crois pas que l'on dise que le livre soit mal écrit ou qu'il manque de contenu. J'ai confiance en la qualité de ma prose. Ce qui me chagrinerait, c'est que l'intrigue ait un rythme trop lent et qu'il décourage les lecteurs d'aller jusqu'à la fin. On me dirait qu'on a arrêté à la page 120 par ennui... je trouverais cela triste. (Réflexion) Et puis si on venait à dire que l'histoire manque d'originalité... si quelqu'un se mettait en devoir de comparer mon oeuvre à d'autres en insistant sur les ressemblances... ce serait particulièrement pénible, car j'ai travaillé fort pour en arriver à un produit original.

Dramenker
Et à l'opposé, quelle serait la meilleure critique que l'on pourrait vous faire?

Magali
(Elle sourit) Que j'ai du talent, tout simplement. J'ai eu une suite de refus ces dernières années, dans différentes sphères d'activité. Des demandes, des concours... et à force d'être refusée, ou ignorée, on commence à douter de ce que l'on vaut. Me faire dire que j'ai du talent, ce serait bien. Pas beaucoup, juste un peu. J'ai tant à apprendre encore, j'ai beaucoup à améliorer pour être une auteure à part entière. Mais que des gens me confirment que je suis sur la bonne voie...ce serait fantastique. Je dois admettre qu'on me le dit. Mes parents, par exemple, m'ont toujours encouragée. Mais des parents... surtout les miens! Ils sont, comment dire, fiers et vendus d'avance ! (Rires) (Moment de silence) Pourtant, mes parents sont les premiers que je veux impressionner et rendre fiers. Ils me laissent entendre, par leurs encouragements, que j'y parviens. Des commentaires qui me plaisent aussi, c'est lorsque l'on me pose des questions sur l'histoire, sur les personnages. Quand on me parle de l'histoire en tant que telle. Je suis passionnée de mon histoire et j'en parlerais tout le temps. Alors lorsque quelqu'un m'interroge, je peux devenir aisément intarissable. Et je le sais, ce qui fait que je m'efforce de répondre promptement et de tourner court au sujet, ce qui donne l'impression que je ne veux pas en parler. C'est compliqué ! (Rires)

Dramenker
Magali, j'ai passé un très agréable moment avec vous.

Magali
C'est déjà terminé ?

Dramenker
Mais nous nous rencontrerons à nouveau. Ce fut un plaisir que de vous écouter vous raconter.

Magali
Hé bien à très bientôt.